LETTERA X
In verità, i vostri pensieri sono
molto singolari. Vi scrivo la lettera più tenera del mondo, vi faccio della mia debolezza
la confessione più sincera che possiate augurarvi, e non siete contento! Le mie frequenti
risate vi fanno disperare..., quanto è spontanea la vostra irritazione! In amore non
bisogna cominciare con qualcosa? Con voi la fine sarà forse meno allegra di quanto
vorrei.
Non sarebbe possibile che abbia bisogno di questa allegria, che mi rimproverate, per
nascondervi in parte la vostra felicità e per sottrarmi allimbarazzo di dirvi che vi amo?
Prenderete queste parole per una nuova burla. Ma anche se mentissi, non è più dolce
ascoltare delle gradevoli menzogne, che la dura verità? Avete un carattere difficile;
quando vi dico che non vi amo, vi arrabbiate; quando vi assicuro che siete riuscito a
rendermi sensibile, non ci credete. Come devo comportarmi con voi? Datemi un consiglio, vi
prometto che lo seguirò.
Non approvo inoltre l'indifferenza che nutrite per la vita. Se fossimo nell'epoca in cui
gli amanti si uccidevano per farsi rimpiangere dalle donne spietate, temerei per i vostri
giorni; ma siete un uomo ragionevole e sapete quanto me, che la più stupida prova d'amore
che si possa dare, è uccidersi. Mi direte che se Céladon
annegò, non fu per colpa sua; ma in coscienza, l'avete preso come modello?
Mi fa piacere, del resto, quanto mi è stato riferito su di voi. Mi hanno assicurato che
da quando sono meno inflessibile con voi, la vostra salute è migliorata. Perché avete la
malizia di non dirmi niente? Non ho sofferto abbastanza? Oppure credete che per me sia
indifferente sapere che vi siete ristabilito? Ah Conte, quanto mi conoscete poco! Se
sapeste quanto mi annoio, quanto vi desidero, infine quanto ho pregato per voi, mi
amereste mille volte di più.
Non sapevo che un amante mi impegnasse tanto; sono così inattiva da quando non vi sento
più dire: vi adoro. Sono sempre distratta. Sono così cambiata che, se mi vedeste, vi
farei tanta pietà quanta me ne avete inspirata voi. Penso che non dovrei dirvi tutte
queste sciocchezze; ma il desiderio che ho che stiate bene, me ne farebbe azzardare di
più.
Tuttavia, non vi prometto nulla; non arrivate a trarre dalla mia lettera delle conseguenze
vantaggiose. Vi permetto solo di vedervi che sono sensibile alle disgrazie dei miei amici;
e che fra tutti questi amici, voi siete tra quelli che preferisco.
Quanto al ritratto che mi chiedete... Quando stavo per terminare la lettera, M. di Saint
Fer*** è entrato nella mia camera, e dopo lunghe lamentele sullo stato nel quale egli
pretende che io vi riduca. "Madame", mi ha detto con tono grave, "quelle
crudeltà sono inopportune. Non è giusto, perché avete dei begli occhi, che facciate
perire un infelice che vi ha visto e che vi adora. Cosa vi costerebbe salvarlo? Vi chiede
solo la libertà di amarvi e si affida, per il resto, al vostro buon cuore e ai suoi
servizi. Che bella fierezza! Un giorno forse amerete uno che non lo meriterà, e Dio sa i
rimproveri che sarete costretta a farvi. Quanto a me, sono del parere che non respingerete
questo; siete troppo ragionevole per non seguire il mio consiglio, ed è solo l'interesse
che ho per ciò che vi riguarda che mi obbliga a darvelo: solo alcuni piccoli favori, ce
ne sono mille di innocenti: per esempio", ha aggiunto, "per compensarlo della
vostra assenza, perché non gli inviate quel ritratto che non fa nulla sulla vostra
toilette? Non riuscireste a credere quanto ve ne sarà riconoscente". Dette queste
parole, lo prese; e malgrado la mia collera, e i rifiuti che ho opposto di concedervelo,
lo ha portato via. Non dubito che sia adesso nelle vostre mani. Non era mia intenzione
darvelo e vi considero un uomo troppo educato per volerlo tenere mio malgrado. Fatelo
riportare da Saint Fer*** presso Madame di ***. Pensate ad obbedirmi, se mi amate, e non
datemi con la vostra ostinazione a tenerlo, delle ragioni di rifiutarvelo per sempre. Ma
non vi meraviglia la sventatezza di Saint Fer***?
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LETTRE X
En vérité, vous pensez d'une facon bien
singulière. Je vous écris la lettre du monde la plus tendre, je vous fais de ma
faiblesse l'aveu le plus sincère que vous puissiez souhaiter, et vous n'êtes pas
content! Vous êtes au désespoir de ce que je ris sans cesse; que vous êtes bon de vous
en fâcher! Ne faut-il pas en amour commencer par quelque chose? Je finirai peut-être
avec vous moins gaiement que je ne voudrais. Que savez-vous si je n'ai pas besoin de cet
enjouement, que vous me reprochez, pour vous cacher la moitié de votre bonheur, et pour
me dérober la confusion de vous dire que je vous aime? Vous allez prendre cela pour de
nouvelles railleries; mais quand je mentirais, ne vous est-il pas plus doux d'entendre des
mensonges gracieux, que des vérités brusques? Vous êtes d'un caractère difficile;
quand je vous dis que je ne vous aime pas, vous vous fâchez; lorsque je vous assure que
vous m'avez rendue sensible, vous n'en croyez rien; quel tempérament prendre?
Enseignez-le moi, je vous promets de m'en servir.
Je n'approuve pas non plus le dégoût qui vous a pris pour la vie. Si nous étions dans
le temps où les amants se tuaient pour se faire regretter de leurs inhumaines, je
craindrais pour vos jours; mais vous êtes homme de bon sens, et vous savez aussi bien que
moi, que la plus sotte preuve d'amour qu'on
puisse donner, est de se tuer. Vous me direz qu'il ne tint pas à Céladon de se noyer;
mais en conscience, l'avez-vous pris pour modèle?
Je suis charmée au reste de ce qu'on m'a dit de vous: on m'a assuré que toutes les
permissions que je vous ai données, vous ont presque rendu la santé. Pourquoi avez-vous
la malice de ne m'en rien dire! Ne vous ai-je pas assez plaint? ou croyez-vous que la
nouvelle de votre rétablissement me fût si indifférente? Ah Comte! Que vous me
connaissez peu! Si vous saviez combien je m'ennuie, combien je vous souhaite, enfin
combien j'ai formé de vux pour vous, vous m'en aimeriez mille fois davantage. Je ne
savais pas qu'un amant amusât tant. Je suis si désuvrée depuis que je ne vous
entends plus dire, je vous adore, j'ai tant de distractions: je suis si changée que, si
vous me voyiez, je vous ferais autant de pitié que vous m'en avez inspiré. Il me semble
que je ne devrais pas vous dire toutes ces folies; mais l'envie que j'ai que vous vous
portiez bien, m'en ferait hasarder davantage.
Pourtant, je ne vous promets rien; n'allez pas tirer de ma lettre des conséquences
avantageuses. Je vous permets seulement d'y voir que je suis sensible aux malheurs de mes
amis; et que de tous ces amis, vous êtes un de ceux que j'aime le mieux.
Quant à mon portrait que vous me demandez... Comme j'allais achever ma lettre, M. de
Saint Fer*** est entré dans ma chambre, et après de longues complaintes sur l'état
auquel il prétend que je vous réduis: Madame, m'at-il dit, d'un ton grave, ces
cruautés-là ont mauvaise grâce. Il n'est pas juste, parce que vous avez de beaux yeux,
que vous fassiez périr un misérable qui vous a vue et qui vous adore. Que vous en
coûterait-il de le sauver? Il vous demande seulement la liberté de vous aimer, et se
repose du reste sur votre bon cur et sur ses services. Voilà de belles fiertés!
Quelque jour peut-être vous en aimerez un qui ne le vaudra pas, et Dieu sait les
reproches que vous serez obligée de vous faire. Quant à moi, je suis d'avis que vous ne
rebutiez pas celui-ci; vous avez trop d'esprit pour ne pas suivre mon conseil, et ce n'est
que l'intérêt que je prends à ce qui vous regarde qui m'oblige à vous le donner:
quelques petites faveurs seulement, il en est mille d'innocentes: par exemple, a-t-il
ajouté, pour le dédommager de votre absence, que ne lui envoyez-vous ce portrait qui ne
fait rien sur votre toilette? Vous ne sauriez croire combien il en sera reconnaissant. En
achevant ces mots, il l'a pris; et malgré ma colère, et les refus que j'ai faits de vous
l'accorder, il l'a emporté. Je ne doute pas que vous ne l'ayez actuellement entre les
mains. Mon intention n'a pas été de vous le donner, et je vous sais trop honnête homme
pour vouloir le garder malgré moi. Faites-le rapporter par Saint Fer*** chez Madame de
***. Songez si vous m'aimez, à m'obéir, et ne me donnez point, par votre obstination à
le retenir, des raisons pour vous le refuser toujours. Mais n'admirez-vous pas
l'étourderie de Saint Fer***? |